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Numéro 6 · Appel en cours

Engagement, une fidélité sans serment

Penser un engagement unilatéral, déterminé en-dernière-instance par le Réel — une fidélité sans serment, à fictionner.

Propositions avant le 15 août 2026

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Argumentaire

Peu de mots portent une charge aussi lourde que celui d’« engagement ». La philosophie en a fait l’une de ses preuves : preuve que la pensée touche au monde, qu’elle prend parti, qu’elle paie de sa personne. De l’« écrivain engagé » à l’intellectuel militant, de l’existentialisme à la critique, s’engager atteste que penser ne reste pas sans conséquence — qu’il existerait une responsabilité du concept, une dette de la pensée envers le monde qu’elle décrit.

La non-philosophie ne commence pas par demander « à quoi faut-il s’engager ? » : elle interroge la forme même de la décision qui rend l’engagement nécessaire. Et si l’engagement était l’alibi par lequel la philosophie, ayant d’abord scindé le penseur et le Monde, exige ensuite qu’on les recouse à ses frais ? L’injonction à « prendre position » suppose un Monde-arène, des camps, une transcendance à rejoindre. Or le Réel — forclos, indifférent, déjà-donné — ne se laisse ni rejoindre ni servir. Il n’attend pas notre engagement.

Reste à penser un engagement qui ne serait plus la suture du Monde : un engagement déterminé en-dernière-instance par le Réel ; un engagement de l’Homme-en-personne plutôt que du sujet-du-Monde ; non plus le serment qui lie à une cause transcendante, mais le gage que l’on tient sans contrepartie ni retour — une fidélité sans serment. Engagement unilatéral, qui n’attend pas d’être validé par ce à quoi il se voue, et qui par là cesse d’être une posture pour devenir un usage.

Ce numéro invite enfin à fictionner l’engagement. L’engagement a ses genres — le manifeste, le vœu, le contrat, la profession de foi — et ses postures. Peut-on fictionner une fidélité ? Quelle écriture pour un engagement qui ne se paie pas de la monnaie du Monde ? La philo-fiction prend ici l’engagement non comme thème à illustrer, mais comme matériau à transformer.

Dualyses dimensionnelles

Tout en se maintenant dans l’orbe des dispositifs de la non-philosophie, et désormais de la philosophie non-standard, les textes proposés chercheront à s’insérer dans l’un des types suivants, leurs variations, extensions ou croisements n’étant bien entendu pas exclus.

Les thèmes possibles, très variés, sont titrés ici de façon rhapsodique, chaque auteur conservant la liberté d’en agencer les fils comme il ou elle l’entend :

  • Telos et pistis : l’en-vue-de-quoi l’on s’engage, les formes d’une intentionnalité d’engagement, la foi et l’objet de l’engagement… ;
  • Hypokheimenos, ontos, logos et bios : quel sujet s’engage ? pour quelle écriture ? quelle parole ? quel témoignage ? quelle manifestation ?
  • Praxis, krisis, ethos : les structures de l’acte engagé, le choix, la fidélité et la consistance des engagements, le jeu… ;
  • Polis, kratos : l’engagement plus spécifiquement politique, les conflits et coopérations, l’appropriation d’autrui et de soi-même, les jeux du pouvoir et de la résistance… ;
  • Ergon, enèrgeia, entropia : où il serait question de lutte, de risque, de contrôle et de maîtrise, de limitations de l’action, de résistance derechef… ;
  • Philosophia et sophia : nature de l’engagement philosophique, non-philosophique, de l’engagement dans la pensée, dans le refus de la pensée, jusqu’au désengagement, à la Gelassenheit ou au lâcher prise…

Dualyses pratiques

Au-delà des thématiques évoquées, les formes les plus diverses sont encore recevables pour peu qu’elles témoignent d’un engagement travaillé dans et par l’unilatéralité, depuis l’immanence radicale :

  • Libellés, manifestes et actes de foi ;
  • Règles de conduite, manuels ;
  • Biographies, « auto-philofictions », journaux ;
  • Poèmes, scénari ;
  • Peintures et dessins, enregistrements de performance, musique, dialogues.

Axes de réflexion (non limitatifs)

  • Engagement et Décision philosophique : la prise de position comme suture du Monde ; l’engagement comme preuve.
  • Du militant à l’Homme-en-personne : sujet engagé contre vécu sans monde ; figures de l’intellectuel.
  • Le gage, le serment, le contrat : économies de la promesse ; engagement unilatéral et détermination-en-dernière-instance.
  • Philo-fiction de l’engagement : manifeste, performance, posture ; fictionner une fidélité.
  • Esthétiques de l’œuvre engagée : la littérature engagée revisitée ; art et indifférence du Réel.
  • Théologies du vœu : engagement, messianité, grâce sans contre-don.
  • Écologies de l’engagement : le vivant, le Réel, l’indifférent ; au-delà de la cause.

Modalités de soumission

  • Langue : français (autres langues à discuter avec la rédaction).
  • Proposition : un résumé de 2 000 à 3 000 signes accompagné d’une courte notice bio-bibliographique.
  • Article : entre 25 000 et 45 000 signes, espaces et notes comprises.
  • Format : fichier .docx, selon la feuille de style fournie par la rédaction.
  • Envoi : philofictions@onphi.org, asso@onphi.org

Calendrier

  • Date limite des propositions : avant le 15 août 2026.